L’étrange journée de Monsieur Celestin…

Il est assis sur son banc.

Il goûte la chaleur du soleil sur sa peau tannée….

Le ciel est bleu ?

Oui, il se rappel au moins ce mot… cette couleur : bleue.

Oui le ciel est bleu, l’astre qui le réchauffe est éclatant dans ce ciel sans nuage…

Il est assis sur son banc.

A l’horizon, à ses pieds, la terre, les environs sont blancs… De neige ?

Oui, il a neigé ces jours-ci.

La nuit a été blanche ; la journée sera blanche…

Ses amis les pigeons seront-ils là ? Pour l’instant il n’ en voit aucun… Il a pensé au sac emplis de mie de pain.

Verra-t-il des colombes ? Ou le rouge-gorge, comme hier ? Était-ce hier que ce petit être s’était approché de son banc ?

Oui, peut-être…

Il est assis sur son banc, les bras ballants sur ses jambes décharnées, il les sent à travers la toile.

Ses mains couvertes de tâches brunes tremblent un peu… Il en a pris l’habitude depuis toutes ces années…

Pour l’instant elles ne tiennent rien, le sac emplis de mie de pain, repose sur son banc, près de sa cuisse décharnée…

Au lointain sa jeunesse, au loin ses amis… Sa femme ? son Amie, son Autre… S ‘est-elle perdue ? Peut-être de retour aujourd’hui, à ses côtés, en fin de journée….

Il le sent c’est étrange….

Il est debout près de son banc, dans ce parc où il aime se promener, se reposer, s’éloigner, se reprendre…

Il pense à sa jeunesse, se revoit hier enfant, adolescent, à vingt ans…

La guerre éclate de nouveau devant ses yeux, les bombardements, les corps déchiquetés…

Cet étrange, il y a tant d’ années qu’il n’ a plus vu tout ce sang !

Pourquoi cette couleur rouge, sur cette journée blanche, sur cette journée paisible, là au moment où il enfoui ses mains couvertes de tâches brunes dans le manteau neigeux, là où il peut sentir chaque flocon, là où il peut les faire fondre ; devenir eau entre ses doigts…

Il est debout près de son banc, dans son parc… Ses enfants ?

Oui, il aperçoit sa plus grande fille ; son aînée.

Elle ne s’ en doute pas, mais il l’observe du coin de l’œil, attentif à sa présence…

Il y a son fils l’homme important, l’oreille toujours collé sur ces satanés petits téléphones, toujours et encore plus petits….

Tout compte fait son fils le fait sourire…

Ce n’ est plus important…

Il y a sa dernière fille à sa droite qui lui prend la main…

Mais il y a aussi ce bruit insistant ; lancinant comme un bourdonnement et puis ce petit bip…

Cette femme en blouse…

Oui, il la revoit maintenant…

Il y a cet homme aussi qui semble donner des directives ; il ne le comprend pas…

Il le voit régulièrement mais ne saisi que le mouvement de ses lèvres, ses mots ne lui parviennent pas.

C’est étrange… Il ne se souvient pas du matin, de ce moment entre rêve et sommeil, de ce moment ou la lumière ce fait où l’on se dit : « c’est l’instant ».

C’est étrange… Les images se font floues, les visages se dissipent ; les oiseaux aujourd’hui, ne viendront pas ! Il le sait maintenant…

C’est étrange… Il la revoit ELLE, jeune et belle comme au premier jour, aux premiers instants…

C’est étrange… Il se revoit LUI, jeune et beau, ses mains ne tremblent plus, elles sont blanches sans tâches ; fermes et décidées….

C’est étrange… Il le sait… C’est maintenant.

(C) – Thomas Wagner – BPH – 2009

 

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