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Juste beau…

Le livre ouvert

par la main tenu.

Les doigts, sur la couverture,

fermement étalés…

Il lève les yeux un moment,

et replonge là

dans ses lignes…

La page se tourne,

il vit !

 

Juste beau…

Par delà la couverture…

Ses yeux, tendrement offerts

à ton regard perdu.

Par delà l’odeur des pages,

au dessus de l’encre,

au dessus des mots…

La page se tourne,

il sourit…

 

Juste beau…

sur la terrasse…

Dans la tasse, un café,

un fumet s’en élève…

le sucre fondu,

le breuvage touillé

de cuillers régulières…

 

Il pense, se lasse et revient…

La couverture est épaisse,

le cuir tendu,

la page se tourne,

il rit….

 

© T.W. – B. Ph. – 2011

Alice au 6ème…

Alice au bord de sa fenêtre contemple en contre-bas,

la masse roulante, former son quotidien bouchon.

Alice sur le quai, au pied du train qui part,

laisse la masse en partance, hurlante et joyeuse…

Sur le quai ? Rien de grave… elle y restera, sur le quai !

Alice près de l’unique banc et du petit portillon,

gardera l’espoir d’un prochain départ.

 

(On l’entend au loin : «Prochain départ ! Prochain départ !»)

 

Alice au bord de sa fenêtre pose, dans ses mains en coupe,

sa petite tête maussade là, au 6 ème étage !

Elle contemple le tout venant ; de ses yeux parfois lents,

de son menton boudeur, échangeant des soupirs,

des songes parfois obscures ; qui longtemps après

marqueront encore, les passants,

du trottoir d’en bas du trottoir d’en face !

 

(Frêle présence, timide présence, présence absolue …)

 

Cadre vide, cadre noir, emplie de son absence,

emplie même sans Alice au bord de sa fenêtre !

La mouvante masse ira, encore de son bouchon,

de départs, en reflux toujours vers l’origine.

 

Et-s’il fallait descendre ? Toujours descendre !

Au sol en contre-bas, au pied de la bâtisse

elle regardera en haut ; l’ouverture de sa fenêtre,

le pauvre géranium, les tuiles, le toit pointu…

 

Bien sûr qu’il n’y aura personne ! Même les gens le diront…

Car en partance elle s’étirera, elle allongera son pas

vers un destin autre, vers un matin froid !

 

© T.W. – B.Ph – 05/2011

 

F.R.A.G.I.L.E.

J’entasse mes cadres, je sors du trait,

Proche du E, du F

F.R.A.G.I.L.E.

 

Ma caisse, contient l’illusoire

une statue sur la paille,

un ange aux ailes brouillées,

par du polystyrène en flocons.

 

Le Point comme la virgule,

ont des envies de déménagement.

 

Mon humanité en boule,

enveloppe une tasse à demie-pleine,

soutien une Marianne bancale,

pauvre Marianne ébréchée,

mon humanité en boule, la cale !

 

Mon corps contourné par un trait,

proche du E, du F.

F.R.A.G.I.L.E.

 

Au fond de ma caisse en bois,

des feuilles fines à bulles

percées, par des doigts sacripants,

accueilles mes dernières peines !

 

Ton corps détourné par mon trait,

proche du E, du F.

F.R.A.G.I.L.E.

 

Et là, toujours l’express,

plutôt que le lent, l’argent pour attitude,

plutôt que nos vies, petites, banales !

Là, où l’observateur nouveau, prend la tangente,

la fuite, sous capital !

 

Mes poings, sur la surface circulent,

et ont comme une envie qui les démangent !

 

Nos regards flous en témoignent,

sacrifiant chacun de nos instants,

à l’ombre d’un couvercle fixé,

par un vissage profond qui les entament.

 

Des corps tâchés, défaits,

dépassent du bord, d’effet

F.R.A.G.I.L.E.

 

© T.W. – B.Ph. – 05/2011

 

Rouen …L’impression !

 

I

 

Ce matin sous la brume,

 

j’ai vu sa flèche lancée

 

se perdre au brouillard…

 

 

 

Elle se devine plus, qu’elle

 

ne se montre….

 

A l’instant….

 

sous la brume…

 

 

 

Les traits des collines sont distincts,

 

reconnaissables même,

 

s’ils semblent, légèrement effacés…

 

On aperçois les toitures,

 

le gros et sa rue,

 

les clochers…

 

 

 

L’horloge là, dans son écrin cotonneux,

 

se révélera plus tard, sous le bleu.

 

L’impression est pourtant flagrante,

 

ma ville est à Flaubert !

 

Et même aux maux passants !

 

Et même à mots couverts,

 

elle renait souvent !

 

 

 

II

 

 

 

Défiguré par l’homme,

 

elle se reprend aux brumes,

 

à la lumière du soir,

 

ou aux néons des boutiques !

 

Aux bateaux de passage,

 

aux belles voiles rangées,

 

elle appartient à la mer !

 

Et pour que la seine s’y jette,

 

elle suit les goélands,

 

 

 

Offerte à nos mémoires,

 

au fleuve, par deux rives accrochée,

 

au port des navires,

 

sont le front de Monet !

 

Même discrète,

 

même endormie,

 

elle à le monde en témoin !

 

Celui qui, d’un tableau s’inspire,

 

d’une cathédrale,

 

à d’autres impressions, Elle vie !

 

 

 

«Normand je suis, à ma mort toujours, Rouennais !

 

J’en serais !»

 

 

 

© T.W. – B.Ph. – 03/2011

 

L’escalier…

I 

Une lumière dans l’escalier, verte, blafarde,

le pied, sur la première marche,

l’autre vers l’autre, quittant le sol.

Il y a du bruit dans l’escalier.

 

Ma main vers la rampe de bois,

vers sa couleur chaude.

Des enfants courent après des billes,

les rattrapent ; une main les prends.

 

La lumière est forte, claire,

petit bonhomme dans le cadre,

montre la flèche, la sortie, un secours.

 

II

Mes mains portent, des rousseurs,

en petits points presque invisibles,

qui se rejoindront pourtant,

et formeront, sur ma peau,

plus que blanche, laiteuse,

des formes larges, laissant visibles

veines bleuies, ou violacées.

 

III 

La lumière inonde l’escalier.

Je prends la dernière marche,

le dernier palier, les portes s’ouvrent,

laissant, entre-voire,

en ouvertures successives,

des couples animés, bavards,

leurs corps suspendus

à des nuits sans sommeil.

 

Ici on prend le premier chemin,

là, le dernier palier.

A ma droite, une dernière porte.

A ma gauche, le cœur…

 

© TW – B. Ph – 2011

Vu du Pont… La vie ! (Rouen l’impresion suite)

 

I

 

Fierement dressé il encadre,

de son plateau levé la ville,

tel un arc aux triomphes !

Vu du pont,

je vois la cité et ses gens,

en tenues d’hiver,

en tenues d’été,

sur le quai, aux terrasses

le verre levé.

 

Sur les pavés, les charmantes,

portant l’aiguille aux talons, se tordent.

La robe est belle, à la place du vieux !

A la pucelle, sur les pavés,

vers le bel hôtel

elle glissent …

.

 

Ici commence l’abandon !

A la cheville, le pied,

comme le désir fragile,

se fait indiscret,

s’il n’est pas caché !

Sur les pavés se montrent,

la peau et l’ongle déchaussés.

 

II

 

Tel un défilé du 14, je vois

les espoirs et les regards levés !

Vers le pont !

Il y a au soleil couchant

des lumières envoutantes…

 

Ici des coups de crayons bleus,

comme des traits entre bourgeoise

et ouvrière qui rarement ne se rejoignent,

forment la ville au moins.

 

Il y a le front qui vient taquiner

l’œuvre du Marrou !

La flèche à ses clochetons, les 4 !

il y a la malheureuse à la fidélité brûlée,

en espérant que jamais ils ne reviennent

ces cochons !

40 roses déposées,

40 roses versées…

Au diable nos maisons hostiles !

Gardez vos fermes positions !

 

© T.W. – B. Ph. – 03/2011

Le Vivant !

 

Vivant !

comme entre 4 murs,

le parallèle inatteignable,

comme la peau sarcophage de nos muscles,

de nos veines,

le sang capturé par le cœur,

les poumons remplis d’air,

le cerveau en révolution.

 

Peau qui protège en surface,

l’humain qui d’os, de nerfs et d’eau

ne laissera qu’une pauvre poussière,

mais aux regards, toujours invisible…

 

Pauvres humains…

 

Au mieux, aurons-nous eu

notre existence avant le total oubli,

l’urgence ressentie,

devant ce semblant de non vécu.

 

L’inutilité de notre présence,

petit homme rond

qui gratte le monde,

le creuse et le bousille !

 

Petit point identique

à d’autres,

petits points identiques !

 

Sans rien de particulier,

peut être, un trait reconnaissable ?

Peut être un cerveau ?

Limité forcement,

(face à cet univers….

ce gouffre, ce néant !)

 

Mais l’humain, l’un,

la poussière devenue homme,

la cellule multipliée,

l’esprit encore ?

 

Peut être…

 

Façonné par notre commune humanité,

l’humain, le rien (l’inutile !)

Facilement s’efface !

 

A-t-il un jour existé ?

 

© T.W. – BPH – 2011